( 28 juillet, 2015 )

lettre à l’humanité

 
Les mots saignent,
Il ya du sang dans mon poème
Je vais à la guerre, avec ma plume de bohème
Pour la liberté, pas de cercueil.
 
Le soleil de la charité
Voile sous sa culotte les cicatrices de la servitude,
Je ris le maitre qui m’enseigne sa béatitude
Je loue mes capacités.
 
C’est mon histoire qui me tient en lisières
Brandissant la liberté contre le catéchisme et la Chaine
L’armée des incas conquis la dignité humaine.
Dans la lutte pour la liberté, pas de frontière.
 
Combien d’étoiles qui filent dans la mer
Pour essuyer les barvures attaquant la virginité humaine? 
Chiffoner le sang de ces vengeurs sous les bottes est une obscène.
Pour la dignité humaine, je suis en guerre.
 
Toli
Jeudi jean Verdin
 
 
 
 
 
( 21 février, 2015 )

DEKLARASYON

Jodi a java kèm byen mi
M’oblijje petel poum diw sam santi
Konbyen grenn digo ki fè lanmè ble?
Konbyen barik sèl ki fè lanmè sale? 
Reponn mwen san manti
Mwen pap baw manti,
Fè yon imajine wa dekouvri sam santi.
Lanmou an tankou chwal abwa,
 
Sim pa diw sa map gaga.
Pranm tankou yon pèleren nan pye  vyèj mirak,
Pran kèm, fèmenl nan pak.
 
amour
Album : amour

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Toli
( 21 février, 2015 )

DEKLARASYON

Jodi a java kèm byen mi
M’oblijje petel poum diw sam santi
Konbyen grenn digo ki fè lanmè ble?
Konbyen barik sèl ki fè lanmè sale? 
Reponn mwen san manti
Mwen pap baw manti,
Fè yon imajine wa dekouvri sam santi.
Lanmou an bosalem tankou chwal abwa,
 
Sim pa diw sa map gaga.
Pranm tankou yon pèleren nan pye  vyèj mirak,
Pran kèm, fèmenl nan pak.
 
 
Toli
( 19 mars, 2014 )

Vers une nouvelle approche des sciences administratives en Haïti

Le développement scientifique est au cœur du paradigme de la modernité. Il devient de plus en plus indispensable pour se maintenir dans l’ère de la mondialisation. C’est pourquoi, l’enseignement supérieur tient une place sans précédent dans la gouvernementalité[1] néolibérale, tenant compte de la place qu’elle accorde aux intellectuels. Ainsi, la notion du capital humain prend tout son sens dans la réalité capitaliste actuelle, et dans le contexte de la bureaucratie  moderne (Weber, 1971). Le savoir – l’éducation- devient donc au service du capital.

L’écart  entre les pays dits développés et ceux dits sous-développés est aussi considérable dans le domaine scientifique. De nos jours, le développement socio-économique d’un pays ne peut-être pensé sans le développement de la connaissance, donc sans l’enseignement supérieur. Haïti est un exemple type pour montrer la relation entre le niveau socio-économique et le développement scientifique.

Poser la problématique de la science en Haïti, c’est poser la problématique de l’éducation, notamment de l’enseignement supérieur. Les études et réflexions sur l’enseignement supérieur en Haïti, notamment sur l’université ont fait couler beaucoup d’encre. L’étudiant est souvent perçu comme un technicien formé pour intégrer sa place dans le marché ; l’éducation n’est plus la production du savoir pour le développement ontologique de l’homme, mais pour répondre à la vision mercadologique. Tout le dispositif de l’enseignement forme  l’étudiant haïtien à respecter l’assistance sociale privée, le principe de la sous-traitance industrielle sous-peine d’être exclu du marché ; L’étudiant, est formé pour s’intégrer dans la bureaucratie.

L’enseignement des sciences administratives n’est pas exempt de Cette situation, s’il n’est pas pire. Faire une analyse générale sur l’enseignement des sciences administratives en Haïti qui met en exergue l’histoire et le développement de ces disciplines serait intéressante. Cependant, nous ne pouvons pas dans ces lignes réaliser un travail d’une telle envergure. Mais,  si on prend l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) comme un cas, notamment avec sa faculté des sciences administratives – l’institution nationale d’administration de gestion et des hautes études internationales (INAGHEI)- elle peut nous donner des pistes pour comprendre la dynamique de l’enseignement des sciences administratives dans le pays.

 

L’INAGHEI, fils légitime  de la pensée néolibérale

L’institut national d’administration de gestion et des hautes études internationales est né au cœur de la dictature de Duvalier. C’est l’extension d’une école de relation internationale qui était fondée pour former des cadres pour la diplomatie haïtienne, et à un certain moment, un programme de formation continue dans le domaine des sciences administratives y a été institué dans  le but de trouver et de perfectionner des cadres pour l’administration publique. Enfin, vient l’institut des sciences administratives et de relations internationales avec l’insertion des disciplines des sciences administratives (sciences comptables, administration publique, science de la gestion).

L’extension de cette école est-elle inscrite dans la bonne volonté de l’Etat de mieux répondre aux intérêts de la population ? C’est difficile de le croire. Selon le professeur Alain Gilles[2], l’idée de l’INAGHEI est inscrite dans la logique de la pensée néolibérale. L’université a joué un rôle important dans l’élaboration et l’expansion de la politique néolibérale. C’est au cœur des universités occidentales, notamment des USA, que la pensée néolibérale a été élaborée. C’est elle qui fabrique des esprits et des experts pour les besoins du néolibéralisme. L’Amérique Latine est un bon laboratoire pour comprendre le rôle de l’université dans la mise en place des politiques néolibérales dans le tiers-monde. Il faut avoir des bons missionnaires pour accompagner les institutions supranationales –les institutions de Breton Woods.  C’est dans L’émergence du néolibéralisme vers les décennies  1970 qu’on doit situer la logique de la création de l’INAGHEI.

Il y a lieu de se demander si le fils a suivi fidèlement la voie tracée par ses concepteurs ? Pourquoi le gouvernement, en collaboration avec les institutions supranationales a mis sur pied –à quelques pas de l’INAGHEI- une nouvelle école d’administration pendant qu’INAGHEI comme beaucoup d’autres facultés de l’UEH est traité en parent pauvre par les dirigeants du pays ? Ces  interrogations peuvent faire l’objet de nombreuses recherches.

L’enseignement des sciences administratives à l’INAGHEI : le processus de formation de l’étudiant comme  actif

La philosophie de l’enseignement doit être recherchée dans le cursus des facultés. Les cours, les méthodes et les thématiques abordés définissent l’orientation qu’on veut donner aux apprenants. A l’INAGHEI, un bref regard sur les cours dispensés permet de voir qu’on prépare l’étudiant pour mieux servir les institutions, mieux maitriser ses tâches dans les entreprises. Ainsi, il doit œuvrer à la performance des entreprises/institutions. Comment attirer plus de clients ? Par quelle politique on augmente les profits de l’entreprise ? Comment diminuer les risques ? Comment gérer les personnels pour mieux les exploiter ? Autant de question mécanique que les cours permettent de répondre à la fin du cycle d’étude.

Les étudiants trouvent ces réponses dans l’application de certaines formules toutes faites (parfois incomprises) ; réalisation de petits devoirs ; parcoeurisation des bouts de phrases des professeurs. La recherche, la réflexion critique ne sont pas prioritaires pour un INAGHEIen. Ce dernier, lui pense à l’intérieur d’une entreprise, il travaille à être plus performant sur le marché du travail – si marché du travail existe en Haïti  avec un niveau de chômage supérieur à 70% ; Il se considère comme une bonne pièce importante pour le fonctionnement de l’entreprise ; il cherche à mieux impressionner son patron. L’INAGHEI prépare donc des concurrents potentiels face à l’armée de chômeur exclu du marché.

Cependant, l’étudiant ne questionne jamais le fait que c’est toujours un petit groupe qui détient le monopole des institutions du pays ; pourquoi on a toujours un chef alors qu’on parle de liberté dans les entreprises. La dynamique d’enseignement des sciences administratives à l’INAGHEI ne permet pas de comprendre le mécanisme d’exclusion du marché ; pourquoi les gens qui travaillent manifestent, parfois plus violents que ceux qui se trouvent dans le chômage, qui frappent à la porte des entreprises. Ainsi, l’enseignement ne permet pas de penser, de réfléchir sur  les institutions, mais plutôt de penser, réfléchir à l’intérieur des institutions. L’apprenant se considère plutôt comme actif de l’entreprise.

Une nouvelle approche des sciences administratives en Haïti

Tenant compte du rôle joué par les institutions dans le fonctionnement d’une société, on ne peut approcher la réalité sociétale sans regarder les institutions. En ce sens, la réflexion sur la dynamique institutionnelle doit occuper une place fondamentale dans la réflexion sur la réalité sociétale haïtienne.

L’enseignement des  sciences administratives doit pousser les apprenants à voir les institutions – entreprises- comme construction humaine et non comme une donnée naturelle et parfaite. Les entreprises doivent être analysées à travers la dynamique globale de la société, dans leurs spécificités, leurs universalités et leurs contradictions.

Ainsi, il faut une révision des cursus, des techniques et méthodes d’enseignement. La réflexion et les recherches doivent être stimulées afin de mieux aborder la dynamique institutionnelle du pays, un véritable vecteur de circulation des pensées marginalisantes.

 

 

Enfin, GREDES vient

INAGHEI (comme les autres institutions d’enseignement des sciences administratives) forme des gens pour rendre plus efficace les entreprises et institutions. Mais des gens de plus en plus aliénants, des robots. Ce qui épistémologiquement pose le problème de l’enseignement de ces disciplines en Haïti. Cette considération place l’homme à l’intérieur des entreprises et détourne l’idée sur le fait que les entreprises sont des constructions des acteurs ayant des intérêts particuliers et contradictoires.

Tenant compte du caractère aliénant de l’enseignement des sciences administratives en Haïti, la recherche d’une véritable liberté humaine doit mettre en question l’administration des institutions – entreprises- qui servent comme des structures de reproduction de l’ordre inégalitaire de la société.

C’est dans cette perspective que le groupe de recherche et de débat en sciences administratives (GREDES) s’est forgé une place dans l’espace universitaire haïtien. C’est en raison de la situation difficile et alarmante dans laquelle est plongé l’INAGHEI ces derniers mois et la nécessité d’une nouvelle approche des sciences administratives en Haïti, qu’un groupe d’étudiants du dit institut se voit dans l’obligation de stimuler la pratique de débat en vue d’une compréhension et d’une réflexion sur les problèmes de cette entité en rapport avec l’administration privée et publique du pays.

GREDES se lance vers une nouvelle approche des sciences administratives en Haïti, par le biais notamment des recherches et des débats tant qu’au niveau épistémologique, qu’en ce qui concerne l’orientation de l’enseignement de ces disciplines.

 

 

Pour la commission politique :

 

                                                   Réginald GEDEON

                                                   Claudy MERILUS

                                                   Daniel Junior THELOT

      Jean Verdin JEUDI

8 mars 2014


[1] Par gouvernementalité Foucault entend  l’ensemble constitué par les institutions, les procédures, les analyses et les réflexions, les calculs et les tactiques  de gouverner ; par quoi des conduites sont orientées, canalisées, avec la collaboration pratique du sujet, que celle-ci soit consciente ou inconsciente. Laurent Jean-Pierre, Michel Foucault : sociologue ? In Sociologie et sociétés, vol. xxxviii, no 2, automne 2006

 

[2] A. GILLES a fait ressortir cette idée dans le texte mouvement populaire et développement politique, in HECTOR Cary et  HERARD Jadotte, Haïti et l’après Duvalier, HENRY DESCHAMPS, P.AU.P, 1991.

( 19 mars, 2014 )

Vers une nouvelle approche des sciences administratives en Haïti

Le développement scientifique est au cœur du paradigme de la modernité. Il devient de plus en plus indispensable pour se maintenir dans l’ère de la mondialisation. C’est pourquoi, l’enseignement supérieur tient une place sans précédent dans la gouvernementalité[1] néolibérale, tenant compte de la place qu’elle accorde aux intellectuels. Ainsi, la notion du capital humain prend tout son sens dans la réalité capitaliste actuelle, et dans le contexte de la bureaucratie  moderne (Weber, 1971). Le savoir – l’éducation- devient donc au service du capital.

L’écart  entre les pays dits développés et ceux dits sous-développés est aussi considérable dans le domaine scientifique. De nos jours, le développement socio-économique d’un pays ne peut-être pensé sans le développement de la connaissance, donc sans l’enseignement supérieur. Haïti est un exemple type pour montrer la relation entre le niveau socio-économique et le développement scientifique.

Poser la problématique de la science en Haïti, c’est poser la problématique de l’éducation, notamment de l’enseignement supérieur. Les études et réflexions sur l’enseignement supérieur en Haïti, notamment sur l’université ont fait couler beaucoup d’encre. L’étudiant est souvent perçu comme un technicien formé pour intégrer sa place dans le marché ; l’éducation n’est plus la production du savoir pour le développement ontologique de l’homme, mais pour répondre à la vision mercadologique. Tout le dispositif de l’enseignement forme  l’étudiant haïtien à respecter l’assistance sociale privée, le principe de la sous-traitance industrielle sous-peine d’être exclu du marché ; L’étudiant, est formé pour s’intégrer dans la bureaucratie.

L’enseignement des sciences administratives n’est pas exempt de Cette situation, s’il n’est pas pire. Faire une analyse générale sur l’enseignement des sciences administratives en Haïti qui met en exergue l’histoire et le développement de ces disciplines serait intéressante. Cependant, nous ne pouvons pas dans ces lignes réaliser un travail d’une telle envergure. Mais,  si on prend l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) comme un cas, notamment avec sa faculté des sciences administratives – l’institution nationale d’administration de gestion et des hautes études internationales (INAGHEI)- elle peut nous donner des pistes pour comprendre la dynamique de l’enseignement des sciences administratives dans le pays.

 

L’INAGHEI, fils légitime  de la pensée néolibérale

L’institut national d’administration de gestion et des hautes études internationales est né au cœur de la dictature de Duvalier. C’est l’extension d’une école de relation internationale qui était fondée pour former des cadres pour la diplomatie haïtienne, et à un certain moment, un programme de formation continue dans le domaine des sciences administratives y a été institué dans  le but de trouver et de perfectionner des cadres pour l’administration publique. Enfin, vient l’institut des sciences administratives et de relations internationales avec l’insertion des disciplines des sciences administratives (sciences comptables, administration publique, science de la gestion).

L’extension de cette école est-elle inscrite dans la bonne volonté de l’Etat de mieux répondre aux intérêts de la population ? C’est difficile de le croire. Selon le professeur Alain Gilles[2], l’idée de l’INAGHEI est inscrite dans la logique de la pensée néolibérale. L’université a joué un rôle important dans l’élaboration et l’expansion de la politique néolibérale. C’est au cœur des universités occidentales, notamment des USA, que la pensée néolibérale a été élaborée. C’est elle qui fabrique des esprits et des experts pour les besoins du néolibéralisme. L’Amérique Latine est un bon laboratoire pour comprendre le rôle de l’université dans la mise en place des politiques néolibérales dans le tiers-monde. Il faut avoir des bons missionnaires pour accompagner les institutions supranationales –les institutions de Breton Woods.  C’est dans L’émergence du néolibéralisme vers les décennies  1970 qu’on doit situer la logique de la création de l’INAGHEI.

Il y a lieu de se demander si le fils a suivi fidèlement la voie tracée par ses concepteurs ? Pourquoi le gouvernement, en collaboration avec les institutions supranationales a mis sur pied –à quelques pas de l’INAGHEI- une nouvelle école d’administration pendant qu’INAGHEI comme beaucoup d’autres facultés de l’UEH est traité en parent pauvre par les dirigeants du pays ? Ces  interrogations peuvent faire l’objet de nombreuses recherches.

L’enseignement des sciences administratives à l’INAGHEI : le processus de formation de l’étudiant comme  actif

La philosophie de l’enseignement doit être recherchée dans le cursus des facultés. Les cours, les méthodes et les thématiques abordés définissent l’orientation qu’on veut donner aux apprenants. A l’INAGHEI, un bref regard sur les cours dispensés permet de voir qu’on prépare l’étudiant pour mieux servir les institutions, mieux maitriser ses tâches dans les entreprises. Ainsi, il doit œuvrer à la performance des entreprises/institutions. Comment attirer plus de clients ? Par quelle politique on augmente les profits de l’entreprise ? Comment diminuer les risques ? Comment gérer les personnels pour mieux les exploiter ? Autant de question mécanique que les cours permettent de répondre à la fin du cycle d’étude.

Les étudiants trouvent ces réponses dans l’application de certaines formules toutes faites (parfois incomprises) ; réalisation de petits devoirs ; parcoeurisation des bouts de phrases des professeurs. La recherche, la réflexion critique ne sont pas prioritaires pour un INAGHEIen. Ce dernier, lui pense à l’intérieur d’une entreprise, il travaille à être plus performant sur le marché du travail – si marché du travail existe en Haïti  avec un niveau de chômage supérieur à 70% ; Il se considère comme une bonne pièce importante pour le fonctionnement de l’entreprise ; il cherche à mieux impressionner son patron. L’INAGHEI prépare donc des concurrents potentiels face à l’armée de chômeur exclu du marché.

Cependant, l’étudiant ne questionne jamais le fait que c’est toujours un petit groupe qui détient le monopole des institutions du pays ; pourquoi on a toujours un chef alors qu’on parle de liberté dans les entreprises. La dynamique d’enseignement des sciences administratives à l’INAGHEI ne permet pas de comprendre le mécanisme d’exclusion du marché ; pourquoi les gens qui travaillent manifestent, parfois plus violents que ceux qui se trouvent dans le chômage, qui frappent à la porte des entreprises. Ainsi, l’enseignement ne permet pas de penser, de réfléchir sur  les institutions, mais plutôt de penser, réfléchir à l’intérieur des institutions. L’apprenant se considère plutôt comme actif de l’entreprise.

Une nouvelle approche des sciences administratives en Haïti

Tenant compte du rôle joué par les institutions dans le fonctionnement d’une société, on ne peut approcher la réalité sociétale sans regarder les institutions. En ce sens, la réflexion sur la dynamique institutionnelle doit occuper une place fondamentale dans la réflexion sur la réalité sociétale haïtienne.

L’enseignement des  sciences administratives doit pousser les apprenants à voir les institutions – entreprises- comme construction humaine et non comme une donnée naturelle et parfaite. Les entreprises doivent être analysées à travers la dynamique globale de la société, dans leurs spécificités, leurs universalités et leurs contradictions.

Ainsi, il faut une révision des cursus, des techniques et méthodes d’enseignement. La réflexion et les recherches doivent être stimulées afin de mieux aborder la dynamique institutionnelle du pays, un véritable vecteur de circulation des pensées marginalisantes.

 

 

Enfin, GREDES vient

INAGHEI (comme les autres institutions d’enseignement des sciences administratives) forme des gens pour rendre plus efficace les entreprises et institutions. Mais des gens de plus en plus aliénants, des robots. Ce qui épistémologiquement pose le problème de l’enseignement de ces disciplines en Haïti. Cette considération place l’homme à l’intérieur des entreprises et détourne l’idée sur le fait que les entreprises sont des constructions des acteurs ayant des intérêts particuliers et contradictoires.

Tenant compte du caractère aliénant de l’enseignement des sciences administratives en Haïti, la recherche d’une véritable liberté humaine doit mettre en question l’administration des institutions – entreprises- qui servent comme des structures de reproduction de l’ordre inégalitaire de la société.

C’est dans cette perspective que le groupe de recherche et de débat en sciences administratives (GREDES) s’est forgé une place dans l’espace universitaire haïtien. C’est en raison de la situation difficile et alarmante dans laquelle est plongé l’INAGHEI ces derniers mois et la nécessité d’une nouvelle approche des sciences administratives en Haïti, qu’un groupe d’étudiants du dit institut se voit dans l’obligation de stimuler la pratique de débat en vue d’une compréhension et d’une réflexion sur les problèmes de cette entité en rapport avec l’administration privée et publique du pays.

GREDES se lance vers une nouvelle approche des sciences administratives en Haïti, par le biais notamment des recherches et des débats tant qu’au niveau épistémologique, qu’en ce qui concerne l’orientation de l’enseignement de ces disciplines.

 

 

Pour la commission politique :

 

                                                   Réginald GEDEON

                                                   Claudy MERILUS

                                                   Daniel Junior THELOT

      Jean Verdin JEUDI

8 mars 2014


[1] Par gouvernementalité Foucault entend  l’ensemble constitué par les institutions, les procédures, les analyses et les réflexions, les calculs et les tactiques  de gouverner ; par quoi des conduites sont orientées, canalisées, avec la collaboration pratique du sujet, que celle-ci soit consciente ou inconsciente. Laurent Jean-Pierre, Michel Foucault : sociologue ? In Sociologie et sociétés, vol. xxxviii, no 2, automne 2006

 

[2] A. GILLES a fait ressortir cette idée dans le texte mouvement populaire et développement politique, in HECTOR Cary et  HERARD Jadotte, Haïti et l’après Duvalier, HENRY DESCHAMPS, P.AU.P, 1991.

( 19 mars, 2014 )

Une relecture de la crise INAGHEIenne : quand la propagande et le mensonge cesseront de faire lois.

L’activité politique fait voir ce qui n’avait pas lieu d’être vu, fait entendre un discours où seul le bruit avait son lieu, fait entendre comme discours ce qui n’était entendu comme bruit.  

                                                                                           JACQUES RANCIERE, la mésentente

La crise de  L’institut national d’administration de gestion et des hautes études internationales (INAGHEI) s’est amplifiée depuis plusieurs mois. Si la crise est permanente à l’INAGHEI, ces derniers mois elle donne une grande secousse : 308 nouveaux admis attendent impatiemment l’ouverture de la faculté ; un conseil décanal indexé pour des actes de corruption lutte pour se tenir debout  ; un pèlerinage systématique  se fait dans les temples sacrés de la presse pour mettre devant le peuple-dieu le problème de l’institut. Il faut trouver un diable, Sacre-diable ! 4 étudiants seraient responsables de cette secousse, car ils servent des « lois » qui leur poussent à attaquer l’ordre divin du fonctionnement INAGHEIen. Les débats et discussions objectifs se métamorphosent en sermon dans les temples sacré des médiats.  

Que se passe-t-il réellement à l’INAGHEI ? Plusieurs réponses peuvent découler de cette interrogation. Pour certains c’est une crise structurelle, pour d’autres, la crise fait partie de l’actif de l’institut. Mais, Si on suit le sterlinisme[1], on peut dire qu’il s’agit de 4 petits vandales qui bloquent le fonctionnement de l’institut. Mais, ce discours ne dit pas : pourquoi ?  Comment ? Et à quel moment ces diables sont devenus vandales ; pourquoi les autres étudiants qui revendiquent les mêmes choses qu’eux ne sont pas des délinquants ?  Ce discours met de coté les vrais problèmes de la réalité actuelle de l’INAGHEI, c’est en quelque sorte du commérage, puisqu’il voile la réalité et  s’en détourne par des racontars ridicules.  Ainsi, je me plonge dans les différents faits/éléments qui peuvent considérer comme des sédiments pour comprendre la logique discursive de la conjoncture actuelle de l’INAGHEI. Il convient dans cette perspective de procéder à une relecture de la dynamique actuelle INAGHEIenne à partir  de son histoire, de son évolution, les rapports de pouvoir et les jeux d’intérêts entre les différents acteurs de l’INAGHEI.

D’un décanat pompier à un décanat sur le bucher : l’INAGHEI fait casser les dents

Le 21 décembre 2010, après une grande secousse provoquée par la réalité INAGHEIenne, qui a conduit à la démission du doyen Saint-hilien, le rectorat de l’université n’a pas tardé à utiliser sa théorie de  pompier, un conseil provisoire a été installé à la tête de l’institut pour une durée de 1 an. Composé de Jean- Claude CHARLES  et de Balatier, ce conseil avait comme principale mission de réaliser les élections pour élire des nouveaux membres pour le  décanat de la faculté enflammée. Entre autre, il devrait travailler pour favoriser et maintenir un climat propice au bon fonctionnement académique et administratif de l’institut.

Ces   pompiers semblent-ils oublier leurs leçons de secouristes ? Ou du moins ils ont plus d’intérêt à laisser allumer le feu ?  2, 3 ans après les experts se voient entrain de se noyer dans le tumulte INAGHEIen. Le 13 avril 2012, le doyen Jean-Claude Charles a lancé un S.O.S, il demande au rectorat de lui donner la main, le conseil ne peut plus, il déclare forfait. Il a affirmé l’incapacité du conseil à réaliser les élections.  Mission impossible ! Malgré tout, le conseil sans mission n’a pas démissionné (Ça ne s’inscrit pas dans la pratique des dirigeants haïtiens). Parait-il que le rectorat n’a pas entendu ou bien compris l’alerte de secours lancé par ses anciens pompiers. Ne pouvant plus accomplir leurs missions, emportés par des pratiques malhonnêtes et illicites, ils  se trouvent donc maintenant  condamner au  bucher.

Le triangle interrogatoire  qui embarrasse les dirigeants de l’INAGHEI

Outre les déterminants structurels, La situation actuelle INAGHEIenne résulte de l’incapacité des dirigeants à répondre à ces trois grandes questions posées par certains étudiants :

1) Selon quels principes fonctionnent actuellement le DSC et la FC (ti fakilte prive ki anndan INAGHEI a) ?

La formation continue à l’institut a été programmée dans le but de préparer et de perfectionner des cadres pour l’administration publique[2], pour faire face à la rareté des ressources humaines dans le domaine de l’administration dans le pays à l’époque. Ainsi, l’école décerne un diplôme en science comptable et un certificat pour des séminaires dans d’autres domaines de l’administration. Suivant l’annuaire créant ce programme d’étude, pour en bénéficier, il faut avoir un diplôme ou une licence dans un domaine donné ou avoir au moins  5 ans  d’expérience de travail, puis réussir un concours d’admission. C’est une redondance si je dis pour bénéficier une formation continue, il faut avoir déjà une formation ? Et bien, je l’assume.

Mais de nos jours, avec l’existence des disciplines des sciences administratives à l’INAGHEI et l’augmentation considérable des écoles et des universités privées qui fournissent des personnes qualifiées, les demandeurs de ce programme deviennent de plus en plus rares. Ainsi, il faut trouver d’autres clients, les dirigeants se lancent dans le recrutement des élèves à peine sortir de la Philo. Lors de la dernière inscription, environ 500 personnes ont été recrutées (majoritairement des élèves à peine sortir de la philo) sans même passer le concours d’admission qu’a prévu les règlements.  Ainsi, ce programme déborde son cadre créateur.

Cependant, si ce programme fonctionne en dehors des normes de l’institut, Ça arrange les poches des principaux bénéficiaires. Considérant 500 admis avec un frais d’inscription de 4 000 gdes, ca donne déjà 2 000 000 gourdes. En raison de 750 gdes/cours, on peut se faire une idée sur la recette semestrielle des dirigeants de l’INAGHEI. Ainsi, remettre en question le fonctionnement de ce programme, c’est attaquer les intérêts des rentiers (professeur, dirigeant, chef département, commis, secrétaire, des personnes sans titres, etc…). Il faut mentionner ensuite, l’inscription a été déjà lancée, que va-t-on dire aux postulants inscrits si la faculté fonctionne ? L’option de la fermeture n’est-elle pas moins embarrassante pour les directeurs de la partie privée INAGHEIenne ? Bon ! Ici, questionner est un acte de vandalisme, j’arrête ces questions pour ne pas trop vandaliser.   En tout cas, on peut comprendre que questionner  sur les principes et les règlements de l’INAGHEI privé est ennuyeux, Ça dérange.

2) Quand on est professeur à temps plein à l’INAGHEI ?

Un professeur à temps-plein à l’UEH, non seulement a un nombre d’heures minimum de cours à respecter, mais aussi il doit se mettre disponible pour accompagner les étudiants dans leurs travaux et leurs recherches. Je ne m’attarde pas sur l’accompagnement des étudiants, Ça n’existe pas à l’INAGHEI. Dans le budget 2012 -2013  de l’institut, c’est curieux de voir que le salaire de 7 professeurs à temps-plein a été ajusté (51 000 gdes), et 20 autres professeurs à temps pleins ont été recrutés. Dans ce cas, ce sont les 7 premiers qui m’intéressent : il y’en a un qui est pensionnaire de l’Etat et il ne dispense plus de cours à l’INAGHEI ; deux d’entre eux ont moins d’un cours  à la faculté[3], et il ya un d’entre eux qui ne dispense aucun cours à la faculté, on dirait donc c’est un professeur mort. Voilà une autre question qui dérange : qu’el cours dispense ce professeur à temps-plein qui n’existe pas à l’INAGHEI ? Cette question subversive   nuit encore les intérêts des rentiers INAGHEIens.

3) Le fonctionnement de l’université (notamment INAGHEI), est-il compatible avec celui du centre de formation et de perfectionnement des agents de la fonction publique (CEFOPAFOP)?

Le CEFOPAFOP est une entité de la primature qui donne des séminaires et programme des formations pour des agents de la fonction publique. Cette institution est placée au dernier étage du bâtiment de l’INAGHEI. Si la constitution interdit la pénétration des armes à feu dans les institutions d’enseignements du pays,  ce principe ne tient pas pour le CEFOPAFOP. En effet, en octobre dernier, lors d’une formation pour des agents de l’environnement, ces derniers ont investi l’espace avec leurs armes. Ce qui a provoqué la contestation de certains étudiants. Cette situation met les responsables du décanat dans la difficulté à prendre parti soit pour les chefs du gouvernement, soit pour les lois du pays.

En plus de ces questionnements qui bouleversent l’ordre divin INAGHEIen, il y’a lieu de mentionner encore la dénonciation de certaines pratiques illicites des dirigeants de la faculté dans le cadre des concours d’entrée à l’INAGHEI pendant ces deux dernières années. Le parachutisme est en quelque sorte démasqué.

Ces questionnements relèvent  non seulement de l’ordre éthique et moral des acteurs conscients de la situation, mais aussi de l’engagement et la volonté de plus d’un à sortir de la passiveté létale  qui ronge la société haïtienne.

Comment retirer les pieds dans ce petit soulier ? Le conseil veut mourir debout

Face à cette situation qui met en jeu les intérêts des dirigeants et qui attaque leur trône, il faut trouver un moyen pour sortir dans ce triangle exigu.  Il faut trouver un autre terrain pour jouer le ballon. Un événement qui a lieu à la faculté le 3 octobre va leur servir de prétexte pour se débrouiller. En individualisant le mouvement, le décanat accuse 4 étudiants de bandits et de vandales. Le coup est mal parti, mais ses effets sont considérables : il y’a un parmi les étudiants accusés qui n’a pas été à l’INAGHEI lors de l’événement ; l’événement implique l’un de leurs collègues, Maxime Jeune qui a violé le principe de fonctionnement de l’université en pointant son fameux pistolet sur le groupe d’étudiant protestataire, sous les bons petits yeux de l’honorable Jean-Claude Charles.

Le 15 novembre, ce conseil, en jouant corps et âme, a fait circuler dans les presses une note qui expulse 4 étudiants à l’INAGHEI. Les étudiants réagissent, et la vague sterlinisme est remise en branle, les pèlerinages continuent, la propagande est la seule issue possible. Le porte parole du décanat n’a pas prêché dans le désert, environ 80 professeurs, selon ses témoignages seraient repentis. Ces professeurs prouvent leur foi en signant une pétition pour demander au décanat qui n’a pas pu réaliser les élections en trois ans, de rester en place pour le réaliser en 3 mois. Ce qui m’intéresse le plus dans la note c’est l’incohérence du doyen Jean-Claude Charles. Le 13 avril 2012, il a écrit au rectorat pour confirmer son incapacité à réaliser les élections à l’institut et tout d’un coup, il est pétitionnaire d’un document qui lui  demande de rester en place pour réaliser les élections dans 3 mois.

Quelles issues possibles ?

Le conseil de l’université est la plus haute instance de décision de l’université. Son silence n’est pas innocent (il y a lieu de tenir compte des rapports de pouvoir et des jeux d’intérêts). Mais, le 9 décembre, il a pris une résolution, en dépit de ses limites,  pour mettre un conseil provisoire à l’INAGHEI, mettre sur pied une commission pour instruire les revendications des étudiants et une commission électorale pour réaliser les élections. Deux mois après, la résolution n’est pas encore en application. Qu’est ce qui se passe ? Comment les dirigeants conçoivent la fermeture de l’INAGHEI ? En tout cas, l’éducation de crise se renforce. Mais,  il faut quand même trouver une solution à cette situation.

Comment ouvrir la faculté ? C’est la question qui embarrasse, tenant compte les différents intérêts qui sont donc en jeux. Il ne peut jamais avoir une ouverture pure et simple de la faculté. Une idée qui est quand même incohérente car elle ne prend pas en compte les causes pour lesquelles l’INAGHEI ne fonctionne pas. Mais, il est  évident que les principaux perdants sont les étudiants. Ces derniers doivent se mobiliser pour demander au rectorat de l’université de jouer son rôle.  La mise en application de la résolution du 9 décembre, peut servir  un atout essentiel pour la réouverture de l’institut. La commission qui assurera la médiation prendra en compte les dénonciations des différentes parties et le décanat provisoire, en collaboration avec les chefs des départements planifieront le calendrier académique et la réouverture de la faculté.

La continuité de la vague propagandiste n’apportera aucune solution dans la réalité actuelle ; demander pour expulser ou interdire l’accès à 4 étudiants à la fac ne résoudra en rien la crise, car ce n’est pas une affaire de 4 étudiants comme on veut le faire passer, c’est plutôt une crise éthique et morale. Un conflit d’intérêts et de rapport de  pouvoir Il faut que la propagande, la malhonnêteté, l’immoralité cessent de faire lois. Je ne cesserai jamais de soulever de soulever ces questions avec ma plume, sur la cours, dans la radio, dans mon lit, avec qui conque.

 

 

Jean Verdin JEUDI, étudiant science comptable à l’INAGHEI

jeanverdinjeudi@yahoo.fr

 

 

11 février 2014


[1] J’appelle sterlinisme les vagues discours de H. R. Sterlin, secrétaire général de l’INAGHEI, qui expliquent la crise de l’INAGHEI par l’accaparement de l’institut par les 4 étudiants expulsés de l’INAGHEI.

[2]  Il faut dire que cette option a été inscrite dans la logique de l’ordre mondial, avec la dominance du marché et du capital. Ce principe néolibéral  allait être à la base de la création de l’INAGHEI. A. Gilles, mouvement populaire et développement politique, in CARY Hector, Herard Jadotte,  Haïti et l’après Duvalier.

[3] Quand je dis moins d’un cours, je veux dire des professeurs qui ont un cours de trois heures de temps par semaine, qui viennent rarement et ne passent même pas deux heures de temps  en salle de classe.

( 22 octobre, 2013 )

Lettre de Jacques Stéphen Alexis à François Duvalier

Jacques Stéphen Alexis et des camarades chinois (Photo de G. Bloncourt, 1961)

Pétion Ville, le 2 juin 1960

À son Excellence
Monsieur le Docteur François Duvalier
Président de la République
Palais national

Monsieur le Président,

Dans quelques pays civilisé qu’il me plairait de vivre, je crois pouvoir dire que je serais accueilli à bras ouverts; ce n’est un secret pour personne. Mais mes morts dorment dans cette terre; ce sol est rouge du sang de générations d’hommes qui portent mon nom; je descends par deux fois, en lignée directe, de l’homme qui fonda cette patrie, aussi j’ai décidé de vivre ici et peut-être d’y mourir. Sur ma promotion de vingt-deux médecins, dix-neuf vivent en terre étrangère. Moi, je reste, en dépit des offres qui m’ont été et me sont faites. Dans bien des pays bien plus agréables que celui-ci, dans bien des pays où je serais plus estimé et honoré que je ne le suis en Haïti, il me serait fait un pont d’or, si je consentais à y résider. Je reste néanmoins.

Ce n’est certainement pas par vaine forfanterie que je commence ma lettre ainsi, Monsieur le Président, mais je tiens à savoir si je suis ou non indésirable dans mon pays. Je n’ai jamais, Dieu merci, prêté attention aux petits inconvénients de la vie en Haïti, certaines filatures trop ostensibles, maintes tracasseries, si ce n’ets les dérisoires avanies qui sont le fait des nouveaux messieurs de tous les pays sous-développés. Il est néanmoins naturel que je veuille être fixé sur l’essentiel.

Bref, Monsieur le Président, je viens au fait. Le 31 mai, soit avant-hier soir, au vu et au su de tout le monde, je déménageais de mon domicile de la ruelle Rivière, à Bourdon, pour aller m’installer à Pétion Ville. Quelle ne fut pas ma stupéfaction d’apprendre que le lendemain de mon départ, soit hier soir, mon ex-domicile avait été cerné par des policiers qui me réclamaient, à l’émoi du quartier. Je ne sache pas avoir des démêlés avec votre Police et de toutes façons, j’en ai tranquillement attendu les mandataires à mon nouveau domicile. Je  les attends encore après avoir d’ailleurs vaqué en ville à mes occupations ordinaires, toute la matinée de ce jourd’hui 2 juin.

Si les faits se révélaient exacts, je suis assez au courant des classiques méthodes policières pour savoir que cela s’appelle une manoeuvre d’intimidation. En effet, j’habite à Pétion Ville, à proximité du domicile de Monsieur le Préfet Chauvet. On sait donc vraisemblablement où me trouver, si besoin réel en était. Aussi si cette manoeuvre d’intimidation, j’ai coutume d’appeler un chat un chat, n’était que le fait de la Police subalterne, il n’est pas inutile que vous soyez informé de certains de ces procédés. Il est enseigné à l’Université Svorolovak dans les cours de technique anti-policière, que quand les Polices des pays bourgeois sont surchargées ou inquiètes, elles frappent au hasard, alors qu’en période ordinaire, elles choisissent les objectifs de leurs coups. Peut-être dans cette affaire ce principe classique s’applique-t-il, mais Police inquiète ou non, débordée ou non, je dois chercher à comprendre l’objectif réel de cette manoeuvre d’intimidation.

Je me suis d’abord demandé si l’on ne visait pas à me faire quitter le pays en créant autour de moi une atmosphère d’insécurité. Je ne me suis pas arrêté à cette interprétation, car peut-être sait-on que je ne suis pas jusqu’ici accessible à ce sentiment qui s’appelle la peur, ayant sans sourciller plusieurs fois regardé la mort en face. Je n’ai pas non plus retenu l’hypothèse que le mobile de la manoeuvre policière en question est de me porter à me mettre à couvert. J’ai en effet également appris dans quelles conditions prendre le maquis est une entreprise rentable pour celui qui le décide ou pour ceux qui le portent à le faire. Il ne restait plus à retenir comme explication que l’intimidation projetée visait à m’amener moi-même à restreindre ma liberté de mouvement. Dans ce cas encore, ce serait mal me connaître.

Tout le monde sait que pour qu’une plante produise à son plein rendement, il lui faut les sèves de son terroir natif. Un romancier qui respecte son art ne peut être un homme de nulle part, une véritable création ne peut non plus se concevoir en cabinet, mais en plongeant dans les tréfonds de la vie de son peuple. L’écrivain authentique ne peut se passer du contact journalier des gens aux mains dures — les seuls qui valent d’ailleurs la peine qu’on se donne — c’est de cet univers que procède le grand oeuvre, univers sordide peut-être mais tant lumineux et tellement humain que lui seul permet de transcender les humanités ordinaires. Cette connaissance intime des pulsations de la vie quotidienne de notre peuple ne peut s’acquérir sans la plongée directe dans les couches profondes des masses. C’est là la leçon première de la vie et de l’oeuvre de Frédéric Marcelin, de Hibbert, de Lhérisson ou de Roumain. Chez eux, les gens simples avaient accès à toute heure comme des amis, de même que ces vrais mainteneurs de l’haïtianité étaient chez eux dans les moindres locatis des quartiers de la plèbe. Mes nombreux amis de par le vaste monde ont beau s’inquiéter des conditions de travail qui me sont faites en Haïti, je ne peux renoncer à ce terroir.

Également, en tant que médecin de la douleur, je ne peux pas renoncer à la clientèle populaire, celle des faubourgs et des campagnes, la seule payante au fait, dans ce pays qu’abandonnent presque tous nos bons spécialistes. Enfin, en tant qu’homme et en tant que citoyen, il m’est indispensable de sentir la marche inexorable de la terrible maladie, cette mort lente, qui chaque jour conduit notre peuple au cimetière des nations comme les pachydermes blessés à la nécropole des éléphants. Je connais mon devoir envers la jeunesse de mon pays et envers notre peuple travailleur. Là non plus, je n’abdiquerai pas. Goering disait une fois quand on cite devant lui le mot culture, il tire son revolver; nous savons où cela a conduit l’Allemagne et l’exode mémorable de la masse des hommes de culture du pays des Niebelungen. Mais nous sommes dans la deuxième moitiée du XXème siècle qui sera quoiqu’on fasse le siècle du peuple roi. Je ne peux m’empêcher de rappeler cette parole fameuse du grand patriote qui s’appelle le Sultan Sidi Mohamed Ben Youssef, parole qui illumine les combats libérateurs de ce siècle des nationalités malheureuses. «Nous sommes les enfants de l’avenir!» disait-il de retour de son exil en relevant son pitoyable ennemi, le Pacha de Marrakech effondré à ses pieds. Je crois avoir prouvé que je suis un enfant de l’avenir.

La limitation de mes mouvements, de mes travaux, de mes occupations, de mes démarches ou de mes relations en ville ou à la campagne n’est pas pour moi une perspective acceptable. Je tenais à le dire. C’est ce qui vaut encore cette lettre. J’en ai pris mon parti, car la Police, si elle veut, peut bien se rendre compte que la politique des candidats ne m’intéresse pas. La désolante et pitoyable vie politicienne qui maintient ce pays dans l’arriération et le conduit à la faillite depuis cent cinquante ans n’est pas mon fait. J’en ai le plus profond dégoût, ainsi que je l’écrivains, il y a déjà près de trois ans.

D’aventure, si comme en décembre dernier la douane refuse de me livrer un colis — un appareil de projection d’art que m’envoyait l’Union des Écrivains Chinois et qu’un des nouveaux messieurs a probablement accaparé pour son usage personnel –, j’en sourirai. Si je remarque le visage trop reconnaissable d’un ange gardien veillant à ma porte, j’en sourirai encore. Si un de ces nouveaux messieurs herte ma voiture et que je doive l’en remercier, j’en sourirai derechef. Toutefois, Monsieur le Président, je tiens à savoir si oui ou non on me refuse le droit de vivre dans mon pays, comme je l’entends. Je suis sûr qu’après cette lettre, j’aurai le moyen de m’en faire une idée. Dans ce cas, je prendrai beaucoup mieux les décisions qui s’imposent à moi à la fois en tant que créateur que médecin, qu’homme et que citoyen.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de  mes salutations patriotiques et de mes sentiments distingués.

Jacques Stéphen Alexis

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