( 19 mars, 2014 )

Une relecture de la crise INAGHEIenne : quand la propagande et le mensonge cesseront de faire lois.

L’activité politique fait voir ce qui n’avait pas lieu d’être vu, fait entendre un discours où seul le bruit avait son lieu, fait entendre comme discours ce qui n’était entendu comme bruit.  

                                                                                           JACQUES RANCIERE, la mésentente

La crise de  L’institut national d’administration de gestion et des hautes études internationales (INAGHEI) s’est amplifiée depuis plusieurs mois. Si la crise est permanente à l’INAGHEI, ces derniers mois elle donne une grande secousse : 308 nouveaux admis attendent impatiemment l’ouverture de la faculté ; un conseil décanal indexé pour des actes de corruption lutte pour se tenir debout  ; un pèlerinage systématique  se fait dans les temples sacrés de la presse pour mettre devant le peuple-dieu le problème de l’institut. Il faut trouver un diable, Sacre-diable ! 4 étudiants seraient responsables de cette secousse, car ils servent des « lois » qui leur poussent à attaquer l’ordre divin du fonctionnement INAGHEIen. Les débats et discussions objectifs se métamorphosent en sermon dans les temples sacré des médiats.  

Que se passe-t-il réellement à l’INAGHEI ? Plusieurs réponses peuvent découler de cette interrogation. Pour certains c’est une crise structurelle, pour d’autres, la crise fait partie de l’actif de l’institut. Mais, Si on suit le sterlinisme[1], on peut dire qu’il s’agit de 4 petits vandales qui bloquent le fonctionnement de l’institut. Mais, ce discours ne dit pas : pourquoi ?  Comment ? Et à quel moment ces diables sont devenus vandales ; pourquoi les autres étudiants qui revendiquent les mêmes choses qu’eux ne sont pas des délinquants ?  Ce discours met de coté les vrais problèmes de la réalité actuelle de l’INAGHEI, c’est en quelque sorte du commérage, puisqu’il voile la réalité et  s’en détourne par des racontars ridicules.  Ainsi, je me plonge dans les différents faits/éléments qui peuvent considérer comme des sédiments pour comprendre la logique discursive de la conjoncture actuelle de l’INAGHEI. Il convient dans cette perspective de procéder à une relecture de la dynamique actuelle INAGHEIenne à partir  de son histoire, de son évolution, les rapports de pouvoir et les jeux d’intérêts entre les différents acteurs de l’INAGHEI.

D’un décanat pompier à un décanat sur le bucher : l’INAGHEI fait casser les dents

Le 21 décembre 2010, après une grande secousse provoquée par la réalité INAGHEIenne, qui a conduit à la démission du doyen Saint-hilien, le rectorat de l’université n’a pas tardé à utiliser sa théorie de  pompier, un conseil provisoire a été installé à la tête de l’institut pour une durée de 1 an. Composé de Jean- Claude CHARLES  et de Balatier, ce conseil avait comme principale mission de réaliser les élections pour élire des nouveaux membres pour le  décanat de la faculté enflammée. Entre autre, il devrait travailler pour favoriser et maintenir un climat propice au bon fonctionnement académique et administratif de l’institut.

Ces   pompiers semblent-ils oublier leurs leçons de secouristes ? Ou du moins ils ont plus d’intérêt à laisser allumer le feu ?  2, 3 ans après les experts se voient entrain de se noyer dans le tumulte INAGHEIen. Le 13 avril 2012, le doyen Jean-Claude Charles a lancé un S.O.S, il demande au rectorat de lui donner la main, le conseil ne peut plus, il déclare forfait. Il a affirmé l’incapacité du conseil à réaliser les élections.  Mission impossible ! Malgré tout, le conseil sans mission n’a pas démissionné (Ça ne s’inscrit pas dans la pratique des dirigeants haïtiens). Parait-il que le rectorat n’a pas entendu ou bien compris l’alerte de secours lancé par ses anciens pompiers. Ne pouvant plus accomplir leurs missions, emportés par des pratiques malhonnêtes et illicites, ils  se trouvent donc maintenant  condamner au  bucher.

Le triangle interrogatoire  qui embarrasse les dirigeants de l’INAGHEI

Outre les déterminants structurels, La situation actuelle INAGHEIenne résulte de l’incapacité des dirigeants à répondre à ces trois grandes questions posées par certains étudiants :

1) Selon quels principes fonctionnent actuellement le DSC et la FC (ti fakilte prive ki anndan INAGHEI a) ?

La formation continue à l’institut a été programmée dans le but de préparer et de perfectionner des cadres pour l’administration publique[2], pour faire face à la rareté des ressources humaines dans le domaine de l’administration dans le pays à l’époque. Ainsi, l’école décerne un diplôme en science comptable et un certificat pour des séminaires dans d’autres domaines de l’administration. Suivant l’annuaire créant ce programme d’étude, pour en bénéficier, il faut avoir un diplôme ou une licence dans un domaine donné ou avoir au moins  5 ans  d’expérience de travail, puis réussir un concours d’admission. C’est une redondance si je dis pour bénéficier une formation continue, il faut avoir déjà une formation ? Et bien, je l’assume.

Mais de nos jours, avec l’existence des disciplines des sciences administratives à l’INAGHEI et l’augmentation considérable des écoles et des universités privées qui fournissent des personnes qualifiées, les demandeurs de ce programme deviennent de plus en plus rares. Ainsi, il faut trouver d’autres clients, les dirigeants se lancent dans le recrutement des élèves à peine sortir de la Philo. Lors de la dernière inscription, environ 500 personnes ont été recrutées (majoritairement des élèves à peine sortir de la philo) sans même passer le concours d’admission qu’a prévu les règlements.  Ainsi, ce programme déborde son cadre créateur.

Cependant, si ce programme fonctionne en dehors des normes de l’institut, Ça arrange les poches des principaux bénéficiaires. Considérant 500 admis avec un frais d’inscription de 4 000 gdes, ca donne déjà 2 000 000 gourdes. En raison de 750 gdes/cours, on peut se faire une idée sur la recette semestrielle des dirigeants de l’INAGHEI. Ainsi, remettre en question le fonctionnement de ce programme, c’est attaquer les intérêts des rentiers (professeur, dirigeant, chef département, commis, secrétaire, des personnes sans titres, etc…). Il faut mentionner ensuite, l’inscription a été déjà lancée, que va-t-on dire aux postulants inscrits si la faculté fonctionne ? L’option de la fermeture n’est-elle pas moins embarrassante pour les directeurs de la partie privée INAGHEIenne ? Bon ! Ici, questionner est un acte de vandalisme, j’arrête ces questions pour ne pas trop vandaliser.   En tout cas, on peut comprendre que questionner  sur les principes et les règlements de l’INAGHEI privé est ennuyeux, Ça dérange.

2) Quand on est professeur à temps plein à l’INAGHEI ?

Un professeur à temps-plein à l’UEH, non seulement a un nombre d’heures minimum de cours à respecter, mais aussi il doit se mettre disponible pour accompagner les étudiants dans leurs travaux et leurs recherches. Je ne m’attarde pas sur l’accompagnement des étudiants, Ça n’existe pas à l’INAGHEI. Dans le budget 2012 -2013  de l’institut, c’est curieux de voir que le salaire de 7 professeurs à temps-plein a été ajusté (51 000 gdes), et 20 autres professeurs à temps pleins ont été recrutés. Dans ce cas, ce sont les 7 premiers qui m’intéressent : il y’en a un qui est pensionnaire de l’Etat et il ne dispense plus de cours à l’INAGHEI ; deux d’entre eux ont moins d’un cours  à la faculté[3], et il ya un d’entre eux qui ne dispense aucun cours à la faculté, on dirait donc c’est un professeur mort. Voilà une autre question qui dérange : qu’el cours dispense ce professeur à temps-plein qui n’existe pas à l’INAGHEI ? Cette question subversive   nuit encore les intérêts des rentiers INAGHEIens.

3) Le fonctionnement de l’université (notamment INAGHEI), est-il compatible avec celui du centre de formation et de perfectionnement des agents de la fonction publique (CEFOPAFOP)?

Le CEFOPAFOP est une entité de la primature qui donne des séminaires et programme des formations pour des agents de la fonction publique. Cette institution est placée au dernier étage du bâtiment de l’INAGHEI. Si la constitution interdit la pénétration des armes à feu dans les institutions d’enseignements du pays,  ce principe ne tient pas pour le CEFOPAFOP. En effet, en octobre dernier, lors d’une formation pour des agents de l’environnement, ces derniers ont investi l’espace avec leurs armes. Ce qui a provoqué la contestation de certains étudiants. Cette situation met les responsables du décanat dans la difficulté à prendre parti soit pour les chefs du gouvernement, soit pour les lois du pays.

En plus de ces questionnements qui bouleversent l’ordre divin INAGHEIen, il y’a lieu de mentionner encore la dénonciation de certaines pratiques illicites des dirigeants de la faculté dans le cadre des concours d’entrée à l’INAGHEI pendant ces deux dernières années. Le parachutisme est en quelque sorte démasqué.

Ces questionnements relèvent  non seulement de l’ordre éthique et moral des acteurs conscients de la situation, mais aussi de l’engagement et la volonté de plus d’un à sortir de la passiveté létale  qui ronge la société haïtienne.

Comment retirer les pieds dans ce petit soulier ? Le conseil veut mourir debout

Face à cette situation qui met en jeu les intérêts des dirigeants et qui attaque leur trône, il faut trouver un moyen pour sortir dans ce triangle exigu.  Il faut trouver un autre terrain pour jouer le ballon. Un événement qui a lieu à la faculté le 3 octobre va leur servir de prétexte pour se débrouiller. En individualisant le mouvement, le décanat accuse 4 étudiants de bandits et de vandales. Le coup est mal parti, mais ses effets sont considérables : il y’a un parmi les étudiants accusés qui n’a pas été à l’INAGHEI lors de l’événement ; l’événement implique l’un de leurs collègues, Maxime Jeune qui a violé le principe de fonctionnement de l’université en pointant son fameux pistolet sur le groupe d’étudiant protestataire, sous les bons petits yeux de l’honorable Jean-Claude Charles.

Le 15 novembre, ce conseil, en jouant corps et âme, a fait circuler dans les presses une note qui expulse 4 étudiants à l’INAGHEI. Les étudiants réagissent, et la vague sterlinisme est remise en branle, les pèlerinages continuent, la propagande est la seule issue possible. Le porte parole du décanat n’a pas prêché dans le désert, environ 80 professeurs, selon ses témoignages seraient repentis. Ces professeurs prouvent leur foi en signant une pétition pour demander au décanat qui n’a pas pu réaliser les élections en trois ans, de rester en place pour le réaliser en 3 mois. Ce qui m’intéresse le plus dans la note c’est l’incohérence du doyen Jean-Claude Charles. Le 13 avril 2012, il a écrit au rectorat pour confirmer son incapacité à réaliser les élections à l’institut et tout d’un coup, il est pétitionnaire d’un document qui lui  demande de rester en place pour réaliser les élections dans 3 mois.

Quelles issues possibles ?

Le conseil de l’université est la plus haute instance de décision de l’université. Son silence n’est pas innocent (il y a lieu de tenir compte des rapports de pouvoir et des jeux d’intérêts). Mais, le 9 décembre, il a pris une résolution, en dépit de ses limites,  pour mettre un conseil provisoire à l’INAGHEI, mettre sur pied une commission pour instruire les revendications des étudiants et une commission électorale pour réaliser les élections. Deux mois après, la résolution n’est pas encore en application. Qu’est ce qui se passe ? Comment les dirigeants conçoivent la fermeture de l’INAGHEI ? En tout cas, l’éducation de crise se renforce. Mais,  il faut quand même trouver une solution à cette situation.

Comment ouvrir la faculté ? C’est la question qui embarrasse, tenant compte les différents intérêts qui sont donc en jeux. Il ne peut jamais avoir une ouverture pure et simple de la faculté. Une idée qui est quand même incohérente car elle ne prend pas en compte les causes pour lesquelles l’INAGHEI ne fonctionne pas. Mais, il est  évident que les principaux perdants sont les étudiants. Ces derniers doivent se mobiliser pour demander au rectorat de l’université de jouer son rôle.  La mise en application de la résolution du 9 décembre, peut servir  un atout essentiel pour la réouverture de l’institut. La commission qui assurera la médiation prendra en compte les dénonciations des différentes parties et le décanat provisoire, en collaboration avec les chefs des départements planifieront le calendrier académique et la réouverture de la faculté.

La continuité de la vague propagandiste n’apportera aucune solution dans la réalité actuelle ; demander pour expulser ou interdire l’accès à 4 étudiants à la fac ne résoudra en rien la crise, car ce n’est pas une affaire de 4 étudiants comme on veut le faire passer, c’est plutôt une crise éthique et morale. Un conflit d’intérêts et de rapport de  pouvoir Il faut que la propagande, la malhonnêteté, l’immoralité cessent de faire lois. Je ne cesserai jamais de soulever de soulever ces questions avec ma plume, sur la cours, dans la radio, dans mon lit, avec qui conque.

 

 

Jean Verdin JEUDI, étudiant science comptable à l’INAGHEI

jeanverdinjeudi@yahoo.fr

 

 

11 février 2014


[1] J’appelle sterlinisme les vagues discours de H. R. Sterlin, secrétaire général de l’INAGHEI, qui expliquent la crise de l’INAGHEI par l’accaparement de l’institut par les 4 étudiants expulsés de l’INAGHEI.

[2]  Il faut dire que cette option a été inscrite dans la logique de l’ordre mondial, avec la dominance du marché et du capital. Ce principe néolibéral  allait être à la base de la création de l’INAGHEI. A. Gilles, mouvement populaire et développement politique, in CARY Hector, Herard Jadotte,  Haïti et l’après Duvalier.

[3] Quand je dis moins d’un cours, je veux dire des professeurs qui ont un cours de trois heures de temps par semaine, qui viennent rarement et ne passent même pas deux heures de temps  en salle de classe.

8 Commentaires à “ Une relecture de la crise INAGHEIenne : quand la propagande et le mensonge cesseront de faire lois. ” »

  1. places to stay in chobe national park dit :

    Normally I do not read article on blogs, but I would like to say that this write-up very forced me to try and do so! Your writing style has been amazed me. Thanks, very nice post.

    http://botswanatourism.net/accommodation-camps-lodges-botswana.php

  2. Lodges in Botswan dit :

    I will right away grab your rss feed as I can’t to find your e-mail subscription link or e-newsletter service. Do you’ve any? Kindly let me know in order that I may subscribe. Thanks.

    http://botswanatourism.net/accommodation-camps-lodges-botswana.php

  3. hotels in francistown dit :

    Enjoyed studying this, very good stuff, thanks.

    http://botswanatourism.net/accommodation-hotels-botswana.php

  4. Hotels in Botswana dit :

    Great line up. We will be linking to this great article on our site. Keep up the good writing.

    http://botswanatourism.net/accommodation-hotels-botswana.php

  5. bep ga cong nghiep dit :

    Hi, Neat post. There is a problem together with your website in internet explorer, might test this?K IE nonetheless is the marketplace leader and a huge part of other folks will pass over your fantastic writing because of this problem.

    http://auvietcatering.com/danh-muc/bep-cong-nghiep/bep-gas-cong-nghiep/

  6. https://brennangabriel.blogspot.com/2018/04/simon-arias-reveals-his-top-tips-for.html dit :

    I got good info from your blog

    https://brennangabriel.blogspot.com/2018/04/simon-arias-reveals-his-top-tips-for.html

  7. guest houses in Johannesburg dit :

    Fantastic website. Lots of useful information here. I¦m sending it to a few buddies ans additionally sharing in delicious. And naturally, thanks on your effort!

    http://southafricatourismguide.com/accommodation-guest-houses-south-africa.php

  8. zvodret iluret dit :

    You have remarked very interesting details ! ps nice site.

    http://www.zvodretiluret.com/

Fil RSS des commentaires de cet article. | Trackback

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

|